SUITE DU BEST OFF DE 2025
Parce que les gloutons en veulent toujours plus
Croyez-le ou non, ma liste des 100 meilleurs albums de 2025 était incomplète. Une autre soixantaine d’albums m’a accroché suffisamment pour se retrouver en rotation régulière sur mes écouteurs.
J’en ai parlé à mon thérapeute, mais j’ai rien compris de ce qu’il a dit parce que je fais des acouphènes.
Pour faire différent, j’ai classé ces albums par style afin que vous puissiez naviguer selon vos préférences. Si tout fonctionne, en cliquant sur les items du sommaire ci-dessous, vous vous retrouverez à la bonne section. Si ça ne fonctionne pas, j’accepte les courriels d’insultes et les demandes de remboursement.
Bonne écoute!
ROCK
WET LEG - moisturizer - Pop/rock
J’ai peut-être l’air à la page, mais vraiment pas. Si on parle de musique populaire ou à la mode, je suis tout le temps en retard sur le party. Montre-moi le poster du prochain Osheaga et je vais avoir l’air d’un presbyte devant une boîte d’Advil: je comprendrai rien.
Tout ça pour dire que je suis passé complètement par-dessus le hit cochon «Chaise Longue» de Wet Leg et que cet album est ma première «date» avec le groupe. Pour être franc, je n’adhère pas à tout. L’expertise du band, c’est de produire de petits joyaux pop/rock avec des paroles salaces et c’est plus facile à dire qu’à faire - les joyaux, je veux dire, parce que les paroles salaces, suffit d’être game (bizoune).
Bref, difficile d’avoir une bonne moyenne au bat (haha), mais cet album frappe pour 300 à peu près et chaque coup sûr est un circuit.
MSPAINT - No Separation EP - Synth punk
Remplace la guitare par du synthé dans ton punk et voilà MS PAINT.
Le groupe avait attiré mon attention lors de la parution de leur premier album Post-American en 2023, mais les sons choisis par le claviériste rappelait davantage la synth-pop des années 80, pendant que le reste du band s’occupait de l’agression. Le mix fonctionnait, mais par la peau des dents.
Ici, c’est plus abouti selon moi, même si un peu plus prévisible. J’ai parfois des vibes de One Day as a Lion, ce projet parallèle de Zach de la Rocha de Rage Against The Machine qui mélangeait drum et clavier minimal.
Reste encore du travail à faire côté compo, mais la démarche et l’énergie vaut amplement le détour.
TROPICAL FUCK STORM - Fairyland Codex - Art rock
Tropical Fuck Storm me frustre comme Primus à partir de Pork Soda. Pourquoi, quand t’es un band de cette qualité, faire exprès pour sonner aussi mal? Genre, pas juste un peu mal, genre lo-fi enregistré dans un garde-robe sur un quatre pistes.
J’exagère un peu, mais ma frustration est réelle! J’ai vu ce band en show: la basse solide et ronde, le drum clean et mordant, tout ça en appuie à la pyrotechnie des guitaristes comme une fondation essentielle. Pas comme cet album, mixé dans les mids comme si c’était fait pour jouer au téléphone quand t’es en attente!
Entucas. C’est plate, car ces Australiens constituent l’une des meilleures unités rock de la planète. Originale, compétente, écriture de classe supérieure. Donnez-moi toutes vos fréquences, bordel!
Pour leur punition, je place ce très bon album ici dans le classement. J’espère qu’ils auront compris la leçon.
QUANNNIC - Warbrained - Shoegaze
Oui, Loveless de My Bloody Valentine est dans mon top album de tous les temps. Et j’aime le concept du shoegaze, ce mur de son de guitares apte à soulever et submerger à la fois. Mais il n’y a pas tant d’émules du style qui ont su le transcender. Ce n’est pas le cas non plus de Quannnic (oui, avec trois «n»), mais ils ont au moins la force de frappe de l’écriture de leur côté. Aviator, Floorface et surtout, Paperweight sont de solides compositions qui ne manquent pas de tonus émotif. Avec Observer, ils font même un détour du côté de Deftones, le plus shoegaze des bands métal.
Les influences de Quannnic (oui, avec trois «n») sont un peu trop limpides, mais une bonne chanson excuse beaucoup. 5 ou 6 bonnes tounes, je deviens plus miséricordieux que Jésus.
EDITRIX - The Big E - Post prog punk
Comment imaginer deux styles plus antagonistes que le progressif, tout en circonvolution musicale, et le post-punk, qui se limite à un ou deux riffs de basse et pas beaucoup plus d’accords par toune? Editrix réussit pourtant à fusionner les deux genres avec une surprenante aisance, tout en saupoudrant le tout d’une bonne dose de coups de pied dans les cojones. Musicalement, c’est du solide. L’album épuré, enregistré presque live en quatre jours, impressionne par sa complexité et son efficacité brute.
Dommage que le filet de voix incertain de la chanteuse gâche un peu le party. Si elle avait la même compétence aux cordes vocales qu’elle démontre à la guitare, The Big E trônerait bien haut dans cette liste.
COMPUTER - Station On The Hill - Noise rock
On annonce toujours la mort du rock, mais il reste vivant, la plupart du temps à l’état de relique sur respirateur. Là où il se porte bien - artistiquement du moins - c’est du côté du noise rock, où l’innovation reste prédominante. En fait, c’est impressionnant de voir ce qu’une nouvelle génération arrive à tirer du combo drum, bass, guit lorsqu’elle se décide à catapulter les clichés par la fenêtre.
Station On The Hill n’est pas l’album le plus solide de sa catégorie, mais il est indéniable qu’il participe avec succès à cette recherche d’un nouveau vocabulaire. C’est du noise plus fédérateur, qui grafigne avec parcimonie, qui ménage ses effets. La vision reste à préciser, mais pour une première offrande, ce groupe de Vancouver promet. Je reste à l’affût.
FORTY WINKS - Love Is a Dog from Hell EP - Low-fi shoegaze
Forty Winks aime My Bloody Valentine et Sonic Youth et Gang of Four et My Bloody Valentine. Ils ont pris tous ces bands - et d’autres que j’ignore - les ont brassés ensemble, en ont fait une personnalité distincte, ont loué un équipement de marde, ont crinqué le volume à 11, puis ont enregistré 12 minutes de chaos sous forme de chansons, ma foi, catchy.
DEERHOOF - Noble and Godlike in Ruin - Rock expérimental
J’apprends que c’est la lecture du Frankenstein de Mary Shelley qui a inspiré cet album et maintenant, tout a du sens. Deerhoof a clairement déterré des bouts de cadavres de chansons et les a malicieusement rapiécés pour nous faire peur.
C’est rapiécé verticalement, car les chansons zigzaguent entre plein de riffs et de mélodies improbables. Et c’est rapiécé horizontalement parce que les arrangements varient entre l’étrange et le rocambolesque. Honnêtement, on s’approche du terrain de Trout Mask Replica par bout. Philosophiquement au moins.
C’est de la musique oméga 3, qui a des bénéfices indéniables pour le cerveau. Pour éprouver une quelconque émotion, à part la confusion à la première écoute, je ne suis pas certain. Mais qui a dit que la musique ne pouvait pas s’adresser juste à la tête parfois? Les compositeurs contemporains l’ont bien fait pendant un demi-siècle. Et c’est plus digeste que Le Marteau sans maître, ne vous en faites pas.
(Si vous tenez absolument à la loi et l’ordre, restez à l’écoute jusqu’à Immigrants Songs, la dernière pièce. Il s’agit d’une petite ritournelle très digeste. Pendant 3 minutes. Après, c’est le feedback le plus agressif que j’ai jamais entendu sur un quelconque support audio.)
LOTTO - They Are Gutting a Body of Water - Rock alternatif
Je me méfie de la nostalgie. Regarder constamment en arrière, ça peut être dangereux (essayez en voiture pour voir). Cela dit, je ne comprends pas pourquoi les années 90 n’ont pas connu la même résurgence que les années 80 qui n’en finissent plus de ressurgir. En cette ère réactionnaire, est-ce qu’on est devenu allergique à la musique punk, à la rébellion, à la musique agressive comme exutoire?
Ou peut-être que la génération à qui cette musique plaisait considère que c’est rendu dangereux de faire du stage dive à leur âge.
Anyway, digression pour dire que si vous avez envie d’un album qui sonne comme Nada Surf circa 96 - avec des digressions plus modernes, je le précise -, vous allez être servi. C’est ce que c’est et c’est bon.
PILE - Sunshine and Balance Beams - Rock
Neuvième album de ce groupe que je découvre maintenant. À ma défense, ils commencent tout juste à émerger du statut culte qu’ils ont créé autour d’eux. Et j’ai quand même élevé quatre enfants, je pouvais pas toujours avoir des écouteurs sur les oreilles - quoique c’est pas l’envie qui manquait, surtout au souper quand ils voulaient pas manger leurs légumes.
Il y a quelque chose de rétro 90 dans leur son lo-fi où perce alternativement la vulnérabilité et l’agressivité. En même temps, la structure éclatée des chansons appartient davantage à notre époque où les références sont démultipliées, les genres décloisonnés.
Les chansons sont inégales, mais l’honnêteté et la beauté de l’interprétation est constante. Le genre d’album à écouter sur la route en direction de nulle part.
HIP-HOP
INFINITY KNIVES & BRIAN ENNALS - A City Drowned in God’s Black Tears
Comment on est passé du hip-hop au doom au juste? La première fois que j’ai écouté A City Drowned in God’s Black Tears - un peu distraitement, j’avoue - c’est la question qui a surgi à la track 3. Ce n’est pas la dernière surprise que j’ai eu en route vers la track 9. Attends: c’est bel et bien du De La Soul ça? Pis ça, c’est du folk de nonnes dans un couvent? Pis ça, c’est du psychédélique ou c’est juste moi qui a pris un cap de trop?
Certains diront échevelés. Je dirai oui, échevelés, en effet, mais please, ne leur donnez pas de peignes.
AESOP ROCK - Black Hole Superette
Moins efficace à mon oreille qu’Integrated Tech Solutions, son offrande de 2023 qui s’était classé 15e sur mon top 100, Black Hole Superette reste un album d’Aesop Rock, donc de la good shit. C’est une heure bien tassée de groove grave, graveleux et grinçant et de flow fluide, flexible et flamboyant. Bombarde ça dans tes Beats™ bitch.
MUSIQUE DU MONDE-ISH
BIG HANDS - Thauma - World Chillout
Composé à partir d’échantillons de percussions glanés lors d’un voyage autour de la Méditerranée (Italie, Grèce, Égypte, Turquie), enrichi de l’apport de musiciens de tous les horizons, Thauma invite le monde dans vos oreilles. Pas le monde déglingué et angoissant dans lequel on vit. Le monde qu’on absorbe lorsqu’on voyage, celui qui nous fait décrocher, qui fait baisser le stress de 1000 coches.
Vous aurez compris que la pulsation de l’album est relaxante. C’est l’antidote à toutes les propositions agressives que je vous ai soumises jusqu’ici - vous voyez que je pense à votre santé mentale. C’est surtout un projet bien construit, les titres sont accrocheurs et ça s’écoute merveilleusement bien quand vous cuisinez exotique.
XEXA - Kissom - Expérimentations Afro-portugo-technologique
Afro-portugaise d’origine, Xexa n’a pas seulement un nom enviable au Scrabble, elle a aussi un regard unique sur la musique. Puisant dans ses doubles racines et dans un corpus imposant d’influences, elle offre un album au contours indéfinissable. C’est autant électronique qu’acoustique; tout ce qui lui tombe à portée de main semble utile pour sculpter son univers. Ça me rappelle Arca; pas soniquement, mais comme exemple d’un autre artiste extraterrestre qui débarque dans notre monde beige avec une voix arc-en-ciel.
Ce n’est pas concluant tout le temps, mais ça m’intrigue assez pour avoir envie de connaître la suite (je m’auto-cite, c’est le temps que je prenne un break).
OBONGJAYAR - Paradise Now - Afropop
Frustrant, cet album d’Obongjayar, chanteur anglo-nigérian à la voix unique. Certaines pièces, comme Jellyfish, Talk Olympic ou Just Cool où il déploie à fond ses racines, sont absolument spectaculaires. D’autres sonnent, à mon oreille, plus génériques, comme si sa personnalité s’effaçait derrière une production convenue - désuète, même.
Je ne reprocherai certainement pas à Obongjayar de butiner à plusieurs fleurs - j’applaudis plus haut la pluralité d’influences - mais il me semble qu’il est à son meilleur quand il s’éloigne du son Real World des années 80-90. C’est sans doute un clin d’œil volontaire, mais on dirait que le ciment n’a pas pris.
Y a tout de même assez de miel à se mettre sous la langue dans Paradis Now pour vous en recommander la dégustation. Surtout, Obongjayar est en début de parcours: garder votre oeil dessus, la suite risque de surprendre.
DAME AREA - Toda la verdad sobre Dame Area - Industriel
Duo espagnol qui s’est emparé de la musique industrielle pour lui donner une intensité, comment dirais-je, espagnol. C’est sanguin, ça crie, ça cogne, ça brasse comme en Catalogne - le groupe est barcelonais, l’image fonctionne.
Les vociférations de la chanteuse me plaisent moins que la fondation rythmique, toujours solide. Ça reste menaçant et dangereux comme une fourchette à fondue dans les mains d’un enfant de 3 ans.
À ne PAS écouter dans le trafic du retour au risque de péter un épisode de rage au volant.
JAN KADEREIT & GAMELAN SALUKAT - Áshira - Musique du monde
À moins d’être un peu geek de musique - et d’âge vénérable -, peu savent à quel point le gamelan a influencé la musique sérieuse et populaire de la fin des années 70 et du début 80. Steve Reich, Philip Glass, Talking Heads, King Crimson, Peter Gabriel, Japan, tous se sont inspirés de cet ensemble balinais de percussions rituelles, fondé sur le jeu collectif et la répétition. Et tous sont des artistes que j’ai admirés à un moment ou à un autre.
Áshira est donc un retour aux sources pour moi. Ce n’est pas un album de gamelan traditionnel - le multi-percussionniste Jan Kadereit en est le compositeur - mais on y retrouve les sonorités exotiques de l’instrument ainsi que sa richesse rythmique et structurelle.
Ok, j’ai succombé à la nostalgie, ça arrive, je suis pas juste snob et péteux.
CIVILISTJÄVEL! & MAYSSA JALLAD - Marjaa: The Battle of the Hotels (Versions)
World Dub Ambient remix
Voici un remix ambient et dub d’un album qui s’est retrouvé dans mon top 5 de 2023. Le superbe projet original de Mayssa Jallad, chanteuse libanaise, témoigne d’un épisode de la guerre civile qui a sévi dans son pays au siècle dernier. Le remix du producteur suédois Civilistjävel! témoigne de la même réalité, mais comme si elle était racontée par un spectre dans une caverne.
Pour être honnête, on y perd en émotion et la qualité hallucinante de la production ne comble pas tout à fait le déficit. Ça reste une écoute captivante que je recommande vivement… mais pas autant que l’original que je me suis trouvé une raison d’encenser une autre fois.
MÉTAL
RICKSHAW BILLIE’S BURGER PATROL - Big Dumb Riffs
Ok, je triche. L’album est paru en 2024, mais je les ai vu en show cette année, donc ça va dans la liste de 2025.
Et, comment dirais-je: le titre de l’album est pile dessus. 11 chansons, 21 minutes. Des riffs stupides sur une 8 cordes - donc fat as fuck. Ça ressemble à Primus qui se prend pour Meshuggah, mais avec des dumb riffs. Parfait pour se taper un torticolis quand ça fait longtemps qu’on n’a pas headbanger.
Pas beaucoup plus à dire que ça honnêtement, sinon qu’ils gagnent des points supplémentaires pour le nom de band le plus difficile à retenir depuis tspc.
ABDUCTION - Existentialismus
Cette formation britannique se définit comme un groupe de black metal, mais à l’aveugle, j’aurais dit qu’il s’agissait de death pour la simple raison que la voix occupe davantage le bas du registre que le haut. Vrai que les guitares produisent souvent des murs de son impénétrable comme tout black qui se respectent, mais quand des riffs dignes de ce nom apparaissent, ça cogne solide et j’ai l’impression qu’on navigue sur les mêmes eaux qu’un Gojira, par exemple.
C’est quand ils versent de ce côté (obscur) que j’embarque à fond, ce qui compte pour à peu près la moitié de l’album. Je ne renie pas le reste, mais une trop grande ration de double kick finit par stimuler chez moi davantage d’endorphine que d’adrénaline. Remarquer que tous les moyens sont bons pour relaxer.
ARCHITECTS - The Sky, the Earth & All Between
Un autre album qui me fait faire le grand écart. Je déteste la moitié emo. J’adore l’autre moitié heavy que le criss. Je dois être le Between entre le Sky pis le Earth.
À quand la version instrumentale expurgée des refrains?
SALLOW MOTH - Mossbane Lantern
1- Les amateurs de chants de gorge «Clowncore style» seront repus. Ça rote profond jusqu’au duodénum;
2- la production est A1, une rareté dans ce style souvent auto-produit;
3- les intermèdes de jazz fusion ajoutent une touche d’incongruité à l’offrande et une diversité de mood plus que bienvenue tellement le reste est intense;
4- à la fin, on est soudain dans Stranger Things - musicalement - et j’ai ri.
5- c’est une musique qui s’apprécie mieux si on la prend moins au sérieux que le band;
6- procure un bon moment en famille si la famille a des daddy issues.
ÉLECTRONIQUE
MICROCORPS - Clear Vortex Chamber - Techno industriel
Quand j’imaginais la musique générée par AI qui allait s’emparer du monde, je pensais que ça serait ça, cet album-là. Pas une toune country quétaine avec des paroles en marshmallow.
Parce que ça, c’est une invasion de robots, c’est Hal 9000 qui a décidé d’être chef d’orchestre, c’est The Matrix sous forme de note. En fait, non; étant donné que la plupart des sons sont générés par de la synthèse modulaire, c’est comme si Tron avait envahi le monde des humains et pas l’inverse.
Si jamais Chat GPT produit spontanément cette musique-là sans que personne ne l’ait promptée: décâlissez. La fin du monde est proche.
WATA IGARASHI - My Supernova - Techno
Techno de base pour stimuler les neurones de base et provoquer une réaction corporelle de base qui nous permettra de passer une nuit de base avec un individu de base.
Ils le disent souvent au hockey: c’est important de revenir à la base.
LISA KOHL & ZANDER RAYMOND - In Transit - Électronique
L’idée est simple: In Transit est construit à partir de «field recordings» enregistrés dans des lieux de transit - arrêts d’autobus, gare, taxis -, agrémentés de l’accordéon et des synthétiseurs modulaires de Zander Raymond, et des synthés et du violoncelle de Lia Kohl.
L’idée est simple, mais l’exécution est impeccable, offrant ainsi l’album idéal pour le nomade invétéré. Chaque pièce développe son atmosphère propre, à mi-chemin entre le collage, le néo-classique et la musique abstraite. C’est stimulant comme un départ, rassurant comme une arrivée.
À classer sous «travelling ambient».
MARK PRITCHARD & TOM YORK - Tell Tales - Électro-alternatif
Qu’est-ce qui arrive quand Kraftwerk couche avec Radiohead? T’obtiens un robot triste. C’est pas mal à ça que j’ai pensé en écoutant cette offrande de York et associé. Pritchard n’a rien à voir avec les pionniers allemands, mais son utilisation de synthés antédiluviens nous ramène à l’aube de la pop synthétique. Et York, que voulez-vous, il a la mélancolie facile.
CrY Robot, donc. C’est habilement mené, mais en une heure, ça s’étire. Vous commencez à me connaître, j’imagine, mais ce que je trouve longuet, ce ne sont pas les passages expérimentaux; ce sont les chansons plus radioheadesques qui n’apportent rien de nouveau au menu.
Pas transcendant, mais fort intéressant. Y a pas de lauriers sous le cul de Tom York, ça c’est certain.
SLIKBACK - Attrition - Drum ‘n bass
La meilleure façon de décrire la musique de ce producteur kenyan hyperactif, c’est d’imaginer que vous êtes au milieu d’un champ de bataille. Les bombardements incessants autour de vous ont eu raison de vos oreilles et vous n’entendez plus que les basses fréquences. Au loin, vous percevez parfois quelque chose comme des sirènes; à d’autres moments, ce sont des lamentations ou des bribes de phrases d’autres guerriers qui vous parviennent.
Vous ignorez si vous allez survivre mais, curieusement, l’adrénaline vous grise. Au bout de 42 minutes, vous vous effondrez, touché quelque part entre l’occiput et le bas-ventre. Reste à savoir si vous avez atterri au ciel ou en enfer…
POLYGONIA - Dream Horizons - Électronique at large
C’est de la manipulation numérique de haut niveau que propose Lindsay Wang, alias Polygonia. Multi-instrumentiste et développeuse de logiciel, elle propose ici un voyage de plus d’une heure dans les arcanes du IDM, du drum & bass, du ambient et du techno. Comme le titre l’évoque, on est du côté plus doux de chacun de ces styles; le mastering est crémeux comme si les sons rebondissent sur des murs de gâteau éponge.
Ça se peut, être complexe et confortable à la fois.
EVAN GILDERSLEEVE - Wake EP - Électronique
Qui aime les claviers analogues? Qui retourne régulièrement du côté de Jean-Michel Jarre ou Tangerine Dream en se disant «that was the shit»?
Cet album flirte de ce côté, mais pas seulement. Fréquent collaborateur de Sigur Rós et du regretté compositeur Jóhann Jóhannsson, Gildersleeve sonne diablement comme le premier sur Altar et l’amplitude de ses arrangements n’est pas sans rappeler le second. On ajoute à ça l’aspect glacial et grandiose qui traverse souvent les œuvres islandaises et on obtient un EP qui, sans être original, est inspiré.
AL WOOTTON - Calvinist Hospitality EP
WRECKED LIGHTSHIP - Drained Strands
Voici deux propositions pour le prix d’une. Sans être exactement de la même veine, les deux albums ont pour assise le dub, mais Wooton navigue du côté de l’industriel, et le duo Wrecked Lightship l’habille de techno. Dans tous les cas, lorsqu’on les fait jouer les subs au max, ce sont d’excellents albums pour faire chier le voisin qui souffle sa neige dans votre cour.
PAURRO - Sea Bunny EP - House slash techno
Comment me gagner en quatre morceaux? Commencez d’abord par un groove simple qui ne retient pas nécessairement l’attention, mais me fait taper du pied. Ajoutez un peu de profondeur en termes de production à la pièce suivante. Monter la tension d’un cran à la piste 3… puis donnez tout en fin de parcours en revenant à un beat de base, mais crinquez le hook niveau Chemical Brothers.
Cette DJ mexicaine est efficace comme un shot de tequila. Assurez-vous de trouver un conducteur désigné avant d’écouter.
YALEESA HALL - Halfway Gone EP - Breakbeat
J’aime parfois revenir au début des années 2000, cette époque où le fait d’avoir évité un apocalypse numérique (le fameux bogue) nous donnait l’impression d’être invincible et apte à survivre à n’importe défi technologique.
Naïf, nous étions, dirait Yoda.
Mais bon, la musique à cette puissance d’évocation qu’elle permet de voyager dans le temps, quelques fois dans le futur, mais plus souvent dans le passé. C’est encore mieux quand elle permet les deux en même temps, et voilà pourquoi je recommande cet EP qui aurait pu se retrouver sur un mix d’Adam Freeland en 2003, mais qui est assez novateur pour ne pas sombrer dans la mélancolie racoleuse.
PLURALIST - Logarithmics EP - Techno dancehall
Pas trouver grand chose en ligne à propos de Pluralist, sinon qu’il s’agit d’un DJ de Bristol… et c’est tout. Dire qu’il est sous le radar, c’est un euphémisme. Pourtant, cet EP offre une production impeccable et une vraie personnalité. J’aime particulièrement les variations sur la rythmique dancehall qui traverse les quatre morceaux et assure la cohésion de l’ensemble. Ne vous laissez pas intimider par le titre cérébral de l’album: la musique est chaude et vibrante, parfaite pour oublier qu’on n’a aucune idée qui est Pluralist.
DJ KOZE - Music Can Hear Us - Electro-pop
Tsè le 5 à 7 quand tu popotes un repas réconfortant en sifflant un ballon de Morgon avec ton tablier vintage des Touilleurs? Si t’es bourge comme ça, au moins, n’écoute pas de la musak. Fais jouer le dernier DJ Koze dans ton Sonos à 3000$ et t’auras une bonne heure de pop sophistiquée saupoudré de house et de techno pour cuisiner ton velouté de pleurotes au confit de canard.
De rien.
EFDEMIN - Poly - Techno
Pour un album qui s’appelle Poly parce que, selon l’artiste, il explore «la multiplicité des rythmes, des textures, des styles et des émotions», il est étonnamment cohérent. Le type de techno qui intéresse Efdemin est minimaliste, feutré, tout en retenu, même s’il offre parfois des moments plus extatiques. J’ai parfois l’impression d’entendre du Plastikman avec juste un peu plus de caféine dans le DJ.
On reste dans un coin précis du techno, donc, ce qui est selon moi une qualité. Quand je suis dans le mood pour relaxer en tapant du pied, je sais quelle galette enfiler.
ex_libris 001 (feat. A Made up Sound) EP
ex_libris 002 (feat. A Made up Sound) EP
Je passe beaucoup trop de temps à essayer d’identifier correctement le style des artistes électroniques que je compile ici. Parce que: 1- je ne suis pas un spécialiste; 2- y a des milliers de styles, sous-styles, sous-sous-styles, j’ai déjà d’la misère à me souvenir du prénom de mes enfants, pensez pas que je vais me rentrer ça dans la tête; et 3- de toute façon, les artistes que je trouve intéressants naviguent le plus souvent entre différents styles, ce qui les rend inclassable.
(Je précise que je tente de nommer le style de chaque projet pour que le lecteur qui est rébarbatif à des genres spécifiques évitent facilement ces albums. Comme on dit chez Fido: je suis un spécialiste des relations clients.)
Tout ça pour dire que les deux EP ci-haut nommés ne rentrent dans aucune boîte et c’est ce qui fait leur qualité. S’il faut absolument pointer dans une direction, on est plus près de l’IDM qu’autre chose, Le premier EP est un peu plus sale, plus sombre plus «low fi» - même s’il couvre une fourchette large de fréquences; le deuxième est plus ouvert, plus étincelant, plus upbeat, mais garde son voile d’étrangeté.
Ce n’est pas de la musique difficile, au point même qu’une écoute distraite peut nous faire croire qu’elle est générique. Porter attention et vous vous trouverez sur le même genre de territoire qu’Aphex Twin.
AVALON EMERSON - Perpetual Emotion Machine - Techno-Disco
Clairement, j’aime les œuvres sombres et les propositions arides ne m’effraient pas. Mais la guimauve, c’est bon aussi, surtout quand elle est cuite sur le FEU QUI EST PRIS SUR LA PISTE DE DANSE! Avalon Emerson est une DJ prisée et cet album aurait tout pour me déplaire avec ses riffs et mélodies bonbons et sa simplicité rythmique. Mais ça sonne tellement, comme la proverbiale tonne de briques, on dirait que ça été mixé par un maçon. Difficile de ne pas reconnaître le talent à l’œuvre.
Je vais être chauvin: la meilleure pièce est la dernière, co-produite avec le Québécois Priori. La basse est crémeuse comme une fontaine de chocolat et c’est juste un peu plus rugueux sur le dessus, comme j’aime.
LILA TIRANDO A VIOLETA - Dream of Snakes - Électronique
Le XXIe siècle est le siècle de la colère - justifiée - des femmes et les musiciennes qui reflètent cet état d’âme se multiplient. Je pense entre autres à Gazelle Twins, à Lingua Ignota, à Aya… Et je pense maintenant à Lila Tirando A Violeta, uruguayenne d’origine, qui enrobe son indignation de craquements lugubres, de murmures menaçants et de nappes sales, mais sans jamais perdre de vue l’exutoire que constitue les mouvements erratiques du bassin - je parle de la danse, hé ho.
L’aspect le plus intéressant de sa démarche reste sa facilité à intégrer la musique traditionnelle de son pays dans le magma. Juste pour ça, Dream of Snakes vaut amplement le coup d’oreille.
PLOY - It’s Later Than You Think - House
Je ne suis pas amateur de house, qui est à la musique électronique ce que le sirop de table est au miel. Mais Ploy est issue du techno et c’est l’aspect rythmique qu’il fouille et triture sur It’s Later Than You Think. Car oui, on peut s’amuser à réinventer le 4 on the floor. Résultat: je viderais sans hésiter un club sur cette musique en dansant beaucoup trop intensément en camisole.
Désolé pour l’image mentale.
AMBIENT
VALOTIHKUU - Drifting Between Season - Ambient Field Recording
T’aimes Narnia, mais tu te dis que la musique aurait pu être meilleure? Que dirais-tu de
mélodies célestes interprétées sur des instruments acoustiques, comme des glaçons qui dégoûtent, superposées à des field recordings de ruisseaux qui coulent sous une mince couche de givre, de pas sous la neige, d’oiseaux qui appellent le printemps…?
Merci à l’ère du produit hyper niché, voici exactement le disque pour toi. Drifting Between Season n’a pas été classé comme l’un de meilleurs albums pour l’hiver de l’excellent site A Closer Listen pour rien. Hyper niché, je disais.
Le seul album de cette liste qui améliore ton expérience en ski de fond.
TENOR JAY - sound/field - Ambient
Ah ben celle-là, elle est bonne: un écrivain qui écrit en écoutant de la musique - comme bibi - se met à en composer sur des synthés des pièces qu’il peut faire rouler en boucle plutôt que de se lever régulièrement pour changer de vinyle. Dernièrement, il se tape une annus horribilis - opération, soucis divers - se trouve incable d’écrire et compose plutôt de la musique. Lorsqu’il revient à ces compos quelques mois plus tard, les soucis loin derrière lui, il y trouve plus d’espoir et de résilience qu’il ne l’aurait cru.
Il a ainsi écrit la trame sonore qui accompagnera ses futurs écrits… et les miens. Toutte est dans toutte.
THE HUMBLE BEE - morning music - Ambient
Réédition d’un projet paru en 2010. Craig Tattersall, l’humble abeille en question, s’est donné la tâche de prendre un moment chaque matin, entre 6h00 et 7h00 avant de partir au travail, pour composer une pièce. Il a fait ça pendant 28 jours et morning music est né.
Je recommande donc de prendre un moment chaque matin pendant 28 jours pour écouter un morceau de cet album délicat et bienfaisant d’où émane une douce nostalgie. Faites-le l’hiver, parce que c’est l’équivalent musical d’un café chaud et d’une doudoune.
PAVEL MILYAKOV & LUCAS DUPUY - Heal - Ambient
L’ambient est à la chanson ce que la peinture abstraite est à l’art figuratif. Ce n’est ni la justesse de la représentation, ni la technique qui compte, c’est ce que l’œuvre fait ressentir. Je ne crois pas convaincre qui que ce soit en affirmant que cet album est excellent - sauf la pièce 5 et sa flûte de pan qui fait trop New Age à mon goût, à moins que le titre flutes of doom dénote une ironie que je n’ai pas pogné. Je ne pense pas vous convaincre donc, parce que mon appréciation pour Heal est trop subjective.
Tout ce que je sais, c’est que si l’année 2025 avait pu être calquée sur cet album paru le premier janvier, le voyage aurait été plus calme et plus gratifiant.
Tout ce que je sais, c’est que j’ai l’intention de faire jouer cet album en 2026 pour continuer à croire que le monde finira bien par guérir et s’apaiser…
J. ALBERT - Return To Sender - Ambient techno
J. Albert est un producteur sans faille qui n’est pas près de sortir de mon radar. Sa musique n’a rien d’explosif; sur un tapis de percussion souterraine, il superpose des sonorités onctueuses et répétitives qui induisent un état voisin de la transe. C’est la qualité de la production qui le distingue pour moi; sa créativité se niche dans les détails.
On admire tous les décors spectaculaires: chutes vertigineuses, chaînes de montagnes majestueuses, falaises escarpées surplombant une mer déchaînée… Mais parfois, le passage tranquille d’un ruisseau dans le sous-bois, ça fait la job.
SARA PERSICO - Sphaîra - Drone
J’aime l’expression «sound artist» qui n’est pas, à ce que je sache, si consacrée en français. C’est une démarche différente du musicien ou même du producteur, où la recherche de nouveaux sons constitue le cœur de la démarche. Sara Persico a découvert lors d’un voyage à Tripoli au Liban un immense dôme abandonné, un théâtre qui n’a jamais vu le jour dont l’acoustique produit un étrange « effet de chuchotement », permettant à des visiteurs placés à des points opposés du bâtiment de s’entendre distinctement, même en parlant à voix très basse.
Elle s’est empressée d’y retourner avec des micros et d’en explorer les possibilités sonores uniques. Elle y a donc fait tous les bruits possibles et imaginables, puis les a transmutés pour offrir cet album qui rappelle à quel point c’est l’fun de crier dans un tunnel.
Au passage, elle a réussi sa job de «sound artist» en peignant une toile sonore inédite: belle, dense et immatérielle.
MATTHEIS - Waiting for the Silhouette - Space Music
En cherchant dans quel genre je pouvais classer cet album, je suis tombé sur le style Space Music. Apparemment, Jean-Michel Jarre, Vangelis, Klaus Schulze font de la Space Music.
Considérant qu’à peu près chaque pièce de Waiting for the Silhouette pourrait jouer sur le générique de Blade Runner, clairement, c’est de la Space Music.
Bref, si t’aimes ton synthé modulaire, mais que ta copie vinyle d’Equinoxe saute à Part 3, tu viens de trouver ton cadeau de fête.
SAAPATO - Decomposition: Fox on a Highway - Ambient
Tiré du Bandcamp de Saapato: «Un jour, Saapato a remarqué un renard sur le bord de l’autoroute, heurté mortellement par une voiture. Son pelage rouge éclatant tranchait sur l’asphalte. Jour après jour, le renard restait là, passant progressivement d’une immobilité paisible à un état méconnaissable, rappel saisissant des cycles implacables de la nature. Cette rencontre a déclenché une année entière d’exploration du processus de décomposition qui est composé de cinq phases: la phase fraîche, la putréfaction, la décomposition active, la décomposition avancée, puis la phase sèche où ne subsistent que les restes…»
Bref, un album à ne pas écouter en mangeant.
POST-ROCK
STEPHEN VITELLO, BRENDAN CANTY & HAHN BROWN - Second
Vitello est un «sound artist» qui a travaillé avec des pointures - Pauline Oliveros, Lawrence English, Ryuichi Sakamoto, etc; Brown est violoniste, guitariste, compositeur et réalisateur et lui aussi a une impressionnante liste de collaborations - Herbie Hancock, John Zorn, Brian Eno, R.E.M, etc; Canty a été, entre autres, le batteur de Fugazi. Ensemble, ils offrent un mix de post-rock, dub, krautrock et «ambient rock» assez unique.
Réjouissant de voir des vétérans de trois pôles différents de la musique se rencontrer pour élargir leurs horizons. En cette époque où tant se complaisent à magnifier un passé fantasmé, l’art doit regarder en avant…
PIOTR KUREK - Songs and Bodies
Samedi dans la nuit, tu as rêvé que tu étais un hippocampe qui plane dans un champ de cassis et de caramel, mais tu t’es réveillé avec une douleur fantôme, comme si on avait amputé ton troisième bras dans le dos. Tu cherches quel album pourrait à la fois calmer la douleur et te permettre de revivre ce sentiment de flottement.
Tu fais jouer le dernier Piotr Kurek, polonais de mère et martien de père. Comme par magie, l’effet recherché est obtenu. Tu planes à nouveau et tu retrouves ton bras dans le dos avec lequel tu peux te gratter le bas du bassin - y a rien qui soulage plus que ça, man.
Alternativement, tu pourrais arrêter la drogue. Mais je suis pas sûr que le dernier Piotr Kurek s’apprécie autrement, sérieux.
goat (JP) - Without References / Cindy Van Acker
goat (JP) est un trio expérimental japonais. L’instrumentation est traditionnelle - guitare, drum, bass - à laquelle s’ajoute de la percussion. En fait, tout le groupe est un instrument de percussion, point, comme un gamelan rock, polyrythmie incluse.
Whitout References est la trame sonore d’une chorégraphie - Cindy Van Acker est la chorégraphe - et certaines pièces doivent davantage trouver leur sens dans ce contexte. En d’autres mots, la dernière moitié de l’album - trop minimale et répétitive, même pour moi - ne remplit pas la promesse de la première - méthodique, mais frénétique.
Voyons ça comme un excellent EP de 3 titres sur 6 donc.
EXPÉRIMENTAL
PAREIDOLIA - Jim O’Rourke et Eiko Ishibashi - Expérimental
La paréidolie est le processus mental qui consiste à reconnaître une forme familière dans une tache d’encre ou des nuages, par exemple. C’est une illusion que nos oreilles peuvent également éprouver. Perso, en écoutant cet album, j’ai vu la voûte céleste, les entrailles de la Terre, un champ de glace qui s’étend à l’infini, un albatros qui survole l’immensité de l’océan et, étrangement, des ballotines de poulet nappé de sauce Dijon, mais c’est peut-être parce que j’avais faim.
Pareidolia offre un spectre de sensations élevé à l’image de l’opulence des sonorités explorées par les deux musiciens. C’est la musique d’un film qui reste à être inventé, ce qui est plutôt parfait pour un scénariste en écriture. Tous les amateurs de cinéma intérieur y trouveront leur compte.
STARAYA DEREVNYA - Garden Window Escape - Krautfolk
Cet album mérite une apparition sur cette liste juste pour le facteur WTF. Je l’ai déjà écrit, mais je resterai toujours abasourdi par le fait que quelqu’un, quelque part finit toujours par arriver à créer une forme musicale que personne n’a jamais entendu.
C’est exactement, le cas de Stara Derevnya, un groupe qui existe depuis 1994 dont j’ignorais l’existence, probablement parce qu’ils sont la plupart du temps en tournée dans une galaxie éloignée. J’ai identifié leur style comme étant du krautfolk, une étiquette qu’ils se donnent eux-mêmes; c’est un clin d’oeil au krautrock et, en effet, la formation exsude la même liberté d’expression qu’un Can par exemple; puisqu’elle tire davantage vers l’acoustique que l’électronique, «krautfolk» semble approprié.
Bref, si vous voulez vous taper un séjour dans l’étrange, prenez ce billet aller seulement. Je ne garantis pas le retour.
JASSS - Eager Buyers - Avant-garde vaguement goth
Le premier 33 tours que j’ai acheté avec ma première paie de camelot, ç’a été le Rock Album de K-Tel. Dans les années 70 et 80, ce label faisait des compilations qu’ils annonçaient de façon criarde à la télé - sur la pochette, c’était invariablement écrit «Tel que vu à la télévision» parce que c’était impressionnant à cette époque-là d’être vu à la télévision.
Je parle de ça maintenant parce qu’Eager Buyers de l’Espagnole JASSS sonne comme une compilation. Pas une compil d’un genre spécifique soigneusement élaborée par un directeur artistique. Une compil K-Tel fait de chansons qui jouent à la radio, peu importe le genre (dans les années 70, les radios étaient moins formatées que maintenant).
En fait, j’aurais pu simplifier - et sauver des mots - en disant que l’album sonne comme le mixtape d’un mélomane qui aime les chansons avant-gardistes et vaguement goth. Tout est super bien produit, tout est intéressant, mais je ne vois pas la ligne directrice du projet, pas du tout (avant-gardiste et vaguement goth?)
Mais bon: peut-on reprocher à quelqu’un d’avoir des intérêts diversifiés et d’en faire l’étalage? Que celui qui n’a jamais péché…
LAÜTEN DER SEELE - Unterhaltungen mit Larven und Überresten -Expressionnisme allemand
Je suis peut-être victime d’un biais culturel, mais il me semble qu’à part 99 Luftballons, la musique allemande fait peur. Surtout quand il y a un.e Allemand.e qui parle par-dessus d’un ton menaçant.
Si j’ai bien compris, la musique de Laüten Der Seele est en fait un collage d’échantillons - presque de la musique concrète donc, sauf qu’il n’y a rien de concret dans ses collages, sinon des Allemand.es qui parlent d’un ton menaçant. J’exagère, car on entend parfois des cordes, de l’orgue, du piano et d’autres instruments qui se superposent aux compositions comme des esprits qui planent au-dessus d’un champ de guerre. C’est hautement expérimental, ça ne fonctionne donc pas toujours, mais quand ça vise au centre de la cible, c’est séduisant comme la comte Orlok dans Nosferatu.
Pour amateur de peinture sonore abstraite et glaçante.
JOY MOUGHANNI - A Separation from Habit - Expérimental
Joy Moughanni est mal nommé. Sur A Separation of Habit, le libanais d’origine explore les vicissitudes passées et présentes de son pays et y a pas de quoi s’appeler Joy.
Mais vous savez ce qu’on dit: l’art transcende tout et il y a des moments qui ressemblent à de l’espoir sur cet album à la fois granulaire, cahoteux, réparateur et lustral - ça faisait longtemps que je cherchais à ploguer ce mot-là, pour vrai.
Parfois, la musique permet de fuir la réalité. Parfois, elle nous y confronte, ce qui n’est pas mauvais en soi. Que le premier qui n’a pas pleuré en écoutant une chanson d’amour lance la première pierre…
WHATEVER THE WEATHER - Whatever The Weather II - Expérimental
Whatever The Weather est un alias de Lorraine James, artiste respectée de la musique électronique et peut-être de la météorologie, j’ai googlé, mais j’ai rien trouvé.
Beaucoup classe ce projet dans la filière ambient, mais je trouve que c’est l’enfermer dans une bouteille qui fuit. Oui, le mood est relax, mais l’utilisation de rythmes - percussifs ou bruitistes -, de sonorités déstabilisantes, de «field recording» - j’aurais besoin d’une traduction de cette expression, merde -, nous mène davantage sur le terrain de la musique expérimental, concrète même parfois. C’est éclaté et éclatant et demande de l’attention pour être appréciée à sa juste valeur.
Sinon, la pièce intitulée 1˚ m’apparaît plus chaude que celle qui s’appelle 23˚, mais bon, c’est une musicienne, pas un thermomètre, on peut pas avoir tous les talents.
AHO SSAN & RESINA - Ego Death - Néo-classique électronique
Ego Death? Le titre parfait pour 2025. C’est ce qu’on souhaite à l’ego le plus surdimensionné de la planète*: qu’il découvre Bouddha et redevienne humble ou quelque chose du genre.
Sinon, on peut lui mettre cette album-là le volume au max et, si ça ne tue pas l’ego, ça va au moins assassiner ses oreilles. C’est bruitiste à la Ben Frost ou Rory Porter, mais accompagné de cordes, de voix et d’orgue. Cinématique et sombre.
* Ses initiales sont DT et non, ce n’est pas moi.
SHIP SKET - InitiatriX - Expérimental distorsionné
Il est maintenant de notoriété publique que les pieuvres sont très intelligentes. Ça me semble d’ailleurs une raison d’arrêter d’en manger, en plus que ça goûte le rubber.
Eh bien imaginez-vous donc que la pieuvre vient de faire un saut intellectuel impressionnant puisqu’elle compose désormais de la musique. En tout cas, je ne m’explique pas autrement cet album qui part dans toutes les directions, et j’inclus les sept dimensions supplémentaires de la théorie des cordes.
La seule constante, c’est la distorsion que la pieuvre ajoute un peu partout au gré de sa tentacule qui aime ça grinçant. C’est tellement anarchique que ça enjambe la musique classique contemporaine par moment, ce qui prouve que la pieuvre, en plus d’être brillante, est snob.
Ça s’écoute comme un sudoku niveau difficile, donc par quelqu’un qui aime les sudoku et qui aime ça difficile. Si c’est ton cas, la pénétration intellectuelle de la pieuvre atteindra ton point G cérébral.
SIMON GRAB & DAVID MEIER - Porœs - Expérimental
Voici l’album probablement le plus à gauche de cette liste du champ gauche. Prenez un batteur hyperactif à huit bras, un bidouilleux d’électronique qui aime produire des bruits de digestions avec ses machines, mettez le tout dans un Vitamix™ et préparez-vous à une agression sono-rythmique sans aucun compromis. La cacaphonie est jouissive, le chaos à peine contrôlé. Je ne crois pas que ça puisse plaire à quiconque sinon aux drummers ou aux réguliers du Douglas. Devinez lequel des deux je suis…
